En trois mots, ta thèse c’est… ?
Effets indirects – systèmes socio-techniques – méthodes de conception
Si tu devais expliquer ton sujet à quelqu’un qui n’est pas du tout dans ton domaine, tu dirais quoi ?
Ma thèse t’intéresse aux effets indirects des technologies, produits et services numériques, mais aussi de décisions de politique locale. C’est-à-dire que je ne regarde pas seulement leurs impacts socio-environnementaux directs, mais aussi et surtout les impacts liés aux changements de comportements et de pratiques qu’ils provoquent au sein de la société. Par exemple, lorsque j’ai travaillé sur le cas d’étude de Vinted, un site de revente de vêtements de seconde main, je n’ai pas seulement considéré les impacts liés au transport des colis et à la plateforme numérique, mais aussi ceux liés aux nouveaux comportements des utilisateur.ices (achat compulsif, utilisation de l’argent issu des ventes, baisse des dons aux associations caritatives, etc.). L’objectif de ma thèse était de produire une méthodologie pour permettre aux concepteurs et aux décideurs de prendre en compte ces effets indirects.
Quelle est LA question qui a motivé ton sujet de recherche ?
Comment est-ce qu’on peut agir en tant que professionnel pour faire face à l’urgence environnementale et la complexité des systèmes socio-techniques ?
Pourquoi ce sujet est particulièrement important aujourd’hui ?
Ce sujet est particulièrement important puisque nous venons de franchir la 7e des 9 limites planétaires (qui sont des seuils à ne pas dépasser afin de conserver les équilibres planétaires : changement climatique, la destruction de la biodiversité, le changement d’usage des sols, etc.).
Quel a été le moment le plus difficile dans ton parcours, et comment l’as-tu dépassé ?
La construction de mon sujet de thèse a été assez longue et difficile, car l’ambition de ma thèse était de répondre à un problème immense. C’est en participant à beaucoup d’événements et de conférences que j’ai reçu de nombreux conseils et références qui m’ont permis d’orienter mon sujet de manière pertinente.
À l’inverse, est-ce qu’il y a eu un déclic, un moment où tu t’es dit : “Ok, là je tiens quelque chose” ?
J’ai eu un déclic quand j’ai rencontré la communauté du numérique responsable et de la comptabilité environnementale, notamment à l’occasion de la conférence ICT4S 2023 : j’y ai trouvé un vocabulaire et des concepts qui décrivaient ce que j’essayais d’exprimer et que je n’avais pas trouvés au sein des communautés IHM et ingénierie système.
Quel avenir envisages-tu en lien avec ce que tu as appris ?
Je travaille actuellement en post-doc sur le système de production des scénarios du GIEC, et je souhaite continuer ma carrière dans la recherche pour mettre l’IHM, l’ingénierie système et le design systémique au service de la prise de décision collective démocratique pour faire face aux transitions environnementales et sociétales que nous devons mener.
Ton sentiment, lorsque tu as été nommé lauréate ?
J’ai été très reconnaissante et émue de recevoir ce prix car c’est avec un évènement de l’AFIS que j’ai démarré ma thèse quelques années auparavant.
Après cette victoire, quelle est la prochaine étape ?
Je souhaite maintenant travailler sur les scénarios prospectifs pour la prise de décision collective, et c’est exactement ce que j’ai commencé à faire avec mon post-doc actuel financé par le PEPR eNSEMBLE.
Un conseil aux doctorant·e·s qui se lancent ?
N’hésitez pas à présenter le plus possible vos travaux, même s’ils ne sont pas encore matures, car c’est le même meilleur moyen de recevoir des retours et de vous challenger/confirmer dans votre cheminement de pensée.
En une phrase : pourquoi l’Ingénierie Système a besoin de jeunes chercheurs ?
L’ingénierie système a besoin de jeunes chercheurs car il devient indispensable d’avoir une approche systèmes de systèmes face à la complexité croissante du monde.