Les opérateurs assurent dans le système soit des tâches opérantes non automatisées, soit des tâches de supervision ou de pilotage. En fonctionnement normal, les tâches opérantes ou de simple supervision sont généralement bien définies. Les opérateurs se différencient alors peu des éléments techniques du système : on sait aujourd'hui leur proposer des interfaces ergonomiques et doter, par apprentissage, leurs systèmes neuronaux naturels d’un « logiciel » adapté ! Le pilotage en situation de crise implique une symbiose étroite homme-système : l'intelligence humaine met en oeuvre sa connaissance profonde du système pour prendre des décisions en temps limité malgré une information incomplète ou pour pallier l'absence de bon sens de l'ordinateur, ce dernier limite la charge mentale en ne présentant que les informations strictement nécessaires dans l’instant et, du fait de sa sytématicité sans faille, rattrape les erreurs humaines (inattention, impulsivité, effet de stress, fatigue). Les choix ergonomiques correspondants sont fondamentalement systémiques et débutent dès le début de la conceptualisation opérationnelle du système.
Les utilisateurs professionnels qui utilisent les systèmes technologiques informatisés pour accomplir des tâches aux procédures bien définies s’apparentent aux opérateurs (exemple : système de réservation de place). Ils attendent de l’efficacité procédurale, quitte à en faire l’apprentissage.
Les décideurs dont il est difficile de prévoir les processus de raisonnement (capacités d’induction et d’innovation, de mise en relation d’informations, d’aptitude à la décision en contexte incertain), ont besoin de multiples possibilités d’exploration du problème accessibles de manière intuitive. Cependant si la décision doit être prise dans l’urgence et le stress, on se rapproche des interfaces d’opérateurs de pilotage, qui ne présentent, sous forme synthétique et directement appréhensible que ce qui est immédiatement utile à l’étape décisionnelle .
Pour les usagers d’un système (le public), il faut un mode opératoire intuitif et standardisé ainsi qu’une grande robustesse aux erreurs et malveillances (exemple guichet automatique bancaire). Dans le contexte de système plus critiques comme la conduite automobile, l’évolution nécessaire du comportement individuel et collectif des usagers pourra poser de difficiles problèmes lors de l’introduction, par nature progressive, des nouveaux automatismes sécuritaires d’assistance à la conduite.
Enfin, l’aspect collectif apparaît typiquement dans le travail collaboratif en temps réel d’acteurs inclus dans le système. La supervision d’installations complexe, les PC de crise en protection civile ou dans les systèmes d’armes en sont de bons exemples. Les rôles respectifs des acteurs humains, agissant soit dans un contexte de pilotage hiérarchique, soit dans un contexte d’agents coopérant, les problèmes de partage des modèles d’action et d’intercompréhension par communication via le système, ainsi que l’analyse de leurs justes besoins en information et aide à la décision impliquent de fortes composantes ergonomiques dans la conceptualisation du système.